Dans l’est de l’actuelle Slovaquie, dans un hameau Tzigane, un homme et une femme se marient. Hélas, au cours de la nuit de noces, la jeune mariée ne peut cacher qu’elle est déjà enceinte. Une solution est bien vite trouvée : « Son mari, en homme juste qui ne voulait pas exposer sa famille au ridicule et à la honte, décida de tuer sa femme, puis de se tuer lui-même ». Je ne divulgue pas grand-chose en disant qu’après avoir échoué à se donner du courage au bistrot du village (on refuse de le servir tant qu’il n’aura pas payé ses dettes), le jeune homme ne mettra pas sa résolution à exécution. Un enfant naîtra, il s’appellera Andrejko et c’est son histoire que l’écrivain tchèque Martin Smaus nous livre dans ce fabuleux roman qui emprunte son joli titre à une vieille chanson tzigane, « Petite, allume un feu… ».


© « Mémoires tziganes, l’autre génocide » de J. Jourdan et I. Bloch.
A l’âge de quatre ans, Andrejko est emmené par un de ses oncles à Prague où l’enfant chétif et frigorifié est utilisé pour faire la manche avant de se révéler être lui-même un excellent chapardeur. Andrejko grandit, observe, se heurte à sa famille et au monde extérieur. L’histoire d’Andrejko est une histoire triste et violente d’intégration forcée dans les logements sociaux délabrés, de pauvreté, de « classes spéciales » à l’école, de foyers pour délinquants, de prison, d’évasion, d’amour et de paternité. C’est une histoire un peu dérangeante d’incompréhension, de méfiance, de dégoût réciproque entre les Tziganes et les « Gadjé ». C’est un destin tragique mais raconté au son des violons, des vociférations, de l’exubérance de toutes les émotions !
Ce n’est qu’après l’avoir refermé, parce qu’il ne quittait pas mes pensées, que j’ai réalisé à quel point ce roman était un tour de force. D’abord, parce qu’il existe une véritable harmonie entre l’histoire et la façon dont elle est racontée. Le style est foisonnant, les phrases sont longues et les dialogues peu nombreux. Mais on se laisse entraîner dans l’histoire d’Andrejko grâce à cette écriture à la fois rythmée, terre à terre et poétique, ponctuée de phrases en romani et de paroles de vieilles chansons. Ensuite, Martin Smaus donne au personnage d’Andrejko l’épaisseur de tout son peuple et parvient à livrer une histoire complètement hors du temps et de l’espace. Ce n’est qu’à travers quelques indices comme l’apparition de drapeaux et de frontières que l’on comprend que l’histoire se déroule dans les années 1980 et 1990.
« Petite, allume un feu … » est le premier roman de Martin Smaus et le seul traduit en français. Il vient de sortir en poche et je me permets de chaudement vous le recommander !
Martin Smaus, Petite, allume un feu..., traduction de Christine Laferrière, Editions des Syrtes, 2009

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