


Jean Kernevel, artisan- plâtrier dirige une petite entreprise avec son ami Fortuné Le Brix. Malade du coeur, Kernevel est victime d’un malaise à la fin d’une journée de travail. Ce soir-là, Le Brix le raccompagne chez lui, l’aide à se mettre au lit. Kernevel ne se lèvera plus et Le Brix viendra lui rendre visite chaque jour jusqu’à sa mort.
Résumer « Compagnons » de Louis Guilloux est un exercice périlleux. Trop en dire trahirait la simplicité de l’histoire et la retenue avec laquelle elle est racontée. Ne pas en dire assez ne rendrait pas hommage au génie de Guilloux qui en quarante pages d’une pudeur bouleversante parvient à exprimer à la fois ce qu’il y a de plus triste et de plus beau : la mort d’un homme et la loyauté d’un ami.
La mort de Kernevel est certaine, tous les protagonistes de l’histoire le savent. Cette fin inexorable est aussi évidente que la profondeur du sentiment de Le Brix. Loin des grands serments romanesques, son amitié est peu bavarde, elle ne s’épanche jamais, et ne s’exprime qu’à travers des gestes quotidiens : refaire le lit, vider le pot de chambre, apporter de la soupe, déposer des quartiers d’orange sur la table de chevet pour le cas où Kernevel aurait soif. Et tout est dit.
La lecture de « Compagnons » doit l’émotion qu’elle procure à la sobriété avec laquelle Louis Guilloux restitue la pudeur et la dignité de ses personnages. Il s’agit à mon humble avis du plus beau (très court) récit de Louis Guilloux et certainement l’une des plus remarquables histoires d’amitié de la littérature.
Louis Guilloux, La maison du peuple suivi de Compagnons, Grasset, Les cahiers rouges, 1953
D’AUTRES ROMANS DE LOUIS GUILLOUX

« La maison du peuple »
C’est le premier roman de Guilloux, publié en 1927. Ce récit qu’il considérait lui-même comme sa « carte de visite » est un récit autobiographique à hauteur d’enfant dans lequel Guilloux raconte comment son père, cordonnier à Saint-Brieuc au début du vingtième siècle, tente de créer dans sa ville, une section socialiste et de construire une « maison du peuple ».
« Le sang noir »
C’est le roman le plus célèbre de Louis Guilloux. Il se déroule sur une journée d’hiver en 1917 dans une petite ville de province, à l’arrière des combats de la première guerre mondiale. Il met en scène François Merlin, un professeur de philosophie fielleux, amer et paranoïaque que tout le monde méprise. Surnommé Cripure par ses élèves (pour « Critique de la raison pure » de Kant), et Peau de bique par les autres, il est jalousé et même haï par un de ses collègues, Nabucet, bourgeois mesquin et ambitieux qui organise, à la grande horreur de Cripure, une cérémonie de décoration de la femme du député local. Cette journée riche en évènements et en rebondissements, ainsi que la multitude de personnages tantôt pathétiques, tantôt loufoques qui gravitent autour de Cripure permettent à Louis Guilloux de dénoncer avec autant de férocité que d’humour l’hypocrisie et la lâcheté de la petite bourgeoisie pseudo-intellectuelle. Publié en 1935, « Le sang noir » rencontre à juste titre un très grand succès public et critique au moment de sa sortie. Ce roman est un chef d’œuvre, injustement méconnu à lire absolument !

D’AUTRES HISTOIRES DE COMPAGNONNAGE

Dans ce très beau recueil de trois nouvelles par l’auteur génial du non moins génial « Hôtel du Nord », on découvre le quotidien et les liens qui unissent des pêcheurs sur une petite île de la Méditerranée.