Auteur : Jenn

  • GEORGE ORWELL « Une bonne tasse de thé »

    « L’homme a besoin de chaleur, de vie sociale, de loisirs, de confort et de sécurité : il a aussi besoin de solitude, de travail créatif et de sens du merveilleux. S’il en prenait conscience, il pourrait utiliser avec discernement les produits de la science et de l’industrie, en leur appliquant à tous le même critère : cela me rend-il plus humain ou moins humain ? »

    Cette phrase de George Orwell est issue d’un court texte intitulé Les lieux de loisirs, écrit en 1946. Les lieux de loisirs en question, grands complexes regroupant pistes de danse, piscines, restaurants, bars et cinémas dans lesquels les gens pourraient se rendre en masse et en voiture, ne sont que des projets à l’époque où écrit Orwell. Et même s’il ne croit pas possible la concrétisation de telles entreprises, il voit en elles le point de départ d’une réflexion sur la définition du plaisir, des besoins fondamentaux des hommes et le rôle joué par les avancées techniques dans leur satisfaction.

    Bien-sûr, pour Orwell, les plaisirs assouvis par les supposés progrès de son époque ne garantissent en rien une vie digne d’être vécue. Ils ne représentent, à ses yeux, qu’une régression comico-pathétique à l’état fœtal : « Là non plus nous n’étions jamais seuls, nous ne voyions jamais la lumière du jour, la température était toujours réglée, nous n’avions pas à nous préoccuper de travail ou de nourriture, et les pensées que nous pouvions avoir étaient noyées dans une pulsation rythmique continue. »

    Plus loin, consterné, il critique avec une amusante désuétude, l’invasion, dans les foyers britanniques, de la radio qui en diffusant une musique insipide à l’heure des repas, empêche toute conversation et anéantit la capacité de penser. Ce à quoi, confortablement installée sur mon canapé Ikea, le téléphone à portée de main, j’aurais voulu pouvoir lui dire :« Georges, si tu savais… ». Le progrès a suivi son cours inexorable, l’absence de discernement de l’être humain aussi. Qu’aurait pensé Georges Orwell du XXIeme siècle ? On imagine aisément que notre monde frappé d’hébétude numérique ne lui aurait pas inspiré beaucoup d’indulgence.

    J’avais lu Les lieux de loisirs il y a quelques années dans un recueil d’articles intitulé  Tels, tels étaient nos plaisirs . Je l’ai retrouvé et lu avec le même engouement aujourd’hui dans une autre compilation d’articles parue chez Rivages sous un titre aussi ontologiquement british que son auteur :  Une bonne tasse de thé . On y trouve onze articles publiés autour de 1946 dans lesquels George Orwell propose ses onze commandements pour préparer une tasse de thé digne de ce nom, prend la défense de la cuisine anglaise, décrit le pub idéal, partage ses souvenirs de libraire, s’émerveille de la beauté de la nature au printemps. Mais comme vous pouvez vous en douter, la légèreté des thèmes abordés n’est qu’apparente. Qu’il relate son triste séjour dans un hôpital parisien dans Comment meurent les pauvres ou qu’il nous mette en garde contre les conséquences de notre vacuité dans le prémonitoire Les lieux de loisirs  dont j’ai parlé plus haut, George Orwell nous invite à ne jamais perdre de vue notre humanité. A déguster fort, sans sucre, avec un nuage de lait.

    George Orwell, Une bonne tasse de thé et autres textes, traduction et préface de Nicolas Waquet, Rivages poche, 2024

    D’AUTRES RECITS DE GEORGE ORWELL

    Au début des années 1920, Orwell connaît une période de grande pauvreté. Il travaille d’abord à Paris dans un grand hôtel, puis il est sans abri à Londres. Dans ce récit, il dénonce l’injustice sociale sans misérabilisme et en rendant hommage aux travailleurs pauvres et aux laissés pour compte.

    En 1936, George Orwell s’engage aux côté des Républicains dans la guerre civile espagnole. A son retour, il publie ce récit dans lequel il décrit son engagement et la confrontation de ses idéaux à la réalité en associant, avec toute l’humanité qui est la sienne, l’analyse politique et la description de la guerre dans ses aspects les plus quotidiens.

    Au début des années 1930, Orwell se rend dans le nord de l’Angleterre pour y effectuer un reportage sur les mineurs. On y découvre les conditions de vie et de travail des ouvriers qu’il dénonce en s’appuyant comme souvent sur la description simple , concrète et implacable du quotidien.

    D’AUTRES RECUEILS D’ARTICLES DE GEORGE ORWELL

    Deux recueils d’articles écrits entre 1931 et 1949, présentés chronologiquement, qui mêlent thèmes politiques et littéraires.