PANAÏT ISTRATI !

Il est probable que le nom de Panaït Istrati ne vous dise pas grand-chose. Auteur connu et respecté de l’entre-deux guerres, il subit une mise à mort littéraire au début des années 1930 : ses amis intellectuels lui tournent le dos, plus aucune publication n’accepte ses articles, ses livres ne sont plus édités. Sa faute ? Istrati a été l’un des premiers à avoir dénoncé publiquement le régime soviétique après avoir effectué plusieurs voyages en URSS. Contraint de retourner en Roumanie, dont on il est originaire, il meurt de tuberculose en 1935.

Cette triste fin constitue une véritable injustice, car autant le dire d’emblée : Panaït Istrati est un auteur extraordinaire ! Devenu écrivain sur le tard, après avoir mené mille vies en une, Istrati raconte l’amitié, les voyages et la liberté dans des romans autobiographiques débordants de vie, de révolte et de couleur. Istrati, dont l’alter ego romanesque se nomme Adrien Zograffi, évoque son enfance auprès de sa mère Zoïtza et de ses oncles dans les quartiers pauvres de la ville de Braïla sur les bords du Danube, sa jeunesse et son désir de voyager, de découvrir le monde, de lire, d’écrire, et surtout d’être libre. Il décrit aussi le travail ingrat (Istrati est peintre en bâtiment), la pauvreté, et l’importance de l’amitié pour supporter les difficultés de la vie.

Panaït Istrati possède un vrai don pour raconter les histoires. Ses romans fourmillent de rencontres fortuites, de personnages de marginaux truculents, de situations parfois rocambolesques. Où qu’il soit, quoi qu’il fasse, Istrati déborde de colère et d’amour. Sa virulente sensibilité associée à un farouche esprit d’indépendance donne à ses romans un ton unique d’une réjouissante sincérité.

Le premier cycle de romans de Panaït Istrati, « Les récits d’Adrien Zograffi », s’ouvre avec « Kyra Kyralina« , sorte de conte oriental foisonnant et étrange, publié en 1923. On y trouve également « Présentation des Haïdoucs » qui décrit les aventures de bandits de grands chemins dans les Balkans au 19eme siècle. Dans ce cycle de récits, Adrien Zograffi n’est que le discret narrateur d’histoires vécues par d’autres.

Le second cycle de romans s’intitule « La jeunesse d’Adrien Zograffi », on y trouve notamment les romans « Codine » et « Mikhaïl », deux grandes histoires d’amitié, un thème cher à Istrati.

« La vie d’Adrien Zograffi » regroupe les évocations de la vie d’Istrati loin de Braïla avec par exemple « La maison Thüringer » ou « Le bureau de placement ».

POUR RENCONTRER PANAÏT ISTRATI

L’auteur de BD Golo a écrit et dessiné en noir et blanc une magnifique biographie dans laquelle il restitue à la perfection la personnalité et la vie tumultueuse d’Istrati : son enfance dans les quartiers mal famés de Braïla en Roumanie, sa mère Zoïtza, son amitié avec le bagnard Codine, ses nombreux voyages à travers l’Europe et le Moyen Orient, la misère et la faim, son amitié avec Mikhaïl le noble russe déchu et vagabond comme lui, son amour de la lecture, son désir d’apprendre le français, sa tentative de suicide, sa rencontre avec Romain Rolland, le soutien indéfectible de son ami et compatriote, le bottier Ionesco, qui l’a poussé à écrire… A chaque page, la personnalité débordante d’Istrati vous submerge. Hors norme, envahissant, fatigant, tonitruant, il bondit hors des pages pour vous parler droit dans les yeux d’une voix que j’imagine puissante et rocailleuse avec un fort accent roumain.

Golo, Istrati !, Actes Sud, 2024

QUELQUES ROMANS DE PANAÏT ISTRATI

« Codine »

Au début du 20ème siècle, Adrien un petit garçon d’une dizaine d’années emménage avec sa mère dans le quartier de la Comorofca, le quartier le plus pauvre de la ville de Braïla en Roumanie. Un soir, Adrien entend sa mère parler avec sa voisine d’un ancien bagnard appelé Codine, un homme violent, qui maltraite sa mère et qui est craint de tout le voisinage.

Adrien, l’enfant pauvre mais bien élevé et Codine, le forçat qui a tué un homme, finissent par se rencontrer et entre les deux naît une amitié aussi belle qu’improbable alors que sévit dans la région une terrible épidémie de choléra.

« Mikhaïl« 

Adrien Zograffi a seize ans. C’est un idéaliste qui a soif de découvertes et d’aventures. Il travaille chez un pâtissier appelé Kir Nicolas. C’est dans l’arrière-boutique de cette pâtisserie qu’il fait la connaissance de Mikhaïl, un jeune homme secret et solitaire qui parle plusieurs langues et lit des livres en français. Pour Adrien, c’est un coup de foudre : il décide que Mikhaïl sera son meilleur ami.

« La maison Thüringer« 

Adrien Zograffi se fait embaucher, grâce à sa mère, comme valet chez un armateur allemand appelé Thüringer. Une grève des débardeurs éclate sur le port de Braïla. Adrien, pris entre son empathie pour Thüringer et son engagement socialiste assiste à la faillite de la Maison Thüringer.

Panaït Istrati, Oeuvres tome 1, Oeuvres tome 2, Oeuvres tome 3, présenté par Linda Lê, Libretto, 2006

CURIOSITES CINEMATOGRAPHIQUES

J’ai trouvé deux adaptations cinématographiques de romans d’Istrati. La première est une adaptation récente et plutôt navrante de « Kyra Kyralina » sur laquelle je ne m’épancherai pas.

En revanche, le film Codine réalisé par Henri Colpi en 1963 est une jolie adaptation, fidèle au roman. Le film, qui a été tournée à Braïla avec un casting franco-roumain, et malgré son doublage surranné, restitue de manière touchante la magnifique histoire d’amitié entre le petit Adrien et Codine. Une curiosité que je vous recommande!

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